A l’avènement du président Wade en 2000, les journalistes sénégalais pensaient enfin pouvoir aborder n’importe quel sujet. Mais des interdits persistent. Si les médias enquêtent trop en profondeur sur les affaires de corruption ou critiquent certaines pratiques politiques du pouvoir en place, alors la police, la justice ou les instances de régulation réagissent immédiatement, parfois même brutalement. Les mises en demeure et les procès pour diffamation sont légions. Dans ce climat de liberté sous surveillance, certains titres sont prêts à tout pour vendre de la copie et la presse à scandale fait florès.

Quelques affaires marquantes

Face au tollé provoqué, en 2004, par l’incarcération du journaliste Madiambal Diagne, le président Abdoulaye Wade avait promis de réformer la loi sur la presse. Les journalistes sénégalais attendent encore. On leur a certes proposé un nouveau Code de la presse, mais celui-ci tarde à voir le jour et soulève beaucoup de problèmes.

En fait, la situation ne s’est pas améliorée. Au contraire. L’incident de Sud FM, au cours duquel, tôt le matin du 17 octobre 2005, les locaux de la radio à Dakar ont été fermés de force par un commando de la police, qui a également procédé à l’arrestation de toutes les personnes se trouvant dans les bureaux et les studios, reste gravé dans les mémoires. À Ziguinchor et à Saint-Louis, les correspondants de la radio ont été interpellés. Tous les relais du pays ont été stoppés et la station de Banjul fermée. Le « crime » de Sud FM  était d’avoir réalisé et diffusé l’interview d’un chef rebelle du MFDC dont le groupe sévit en Casamance, au sud du pays.

En juin 2008, les journalistes Kambel Dieng et Karamoko Thioune ont été sauvagement molestés par des policiers, alors qu’ils cherchaient à interviewer des joueurs après un match de l’équipe nationale du Sénégal. Les locaux des quotidiens L’As et 24 Heures chrono ont été saccagés par des nervis envoyés par le ministre Farba Senghor. Toutes ces agressions sont restées impunies.

En outre, le 12 septembre 2008, la justice sénégalaise a condamné le directeur de la publication du quotidien 24 Heures chrono à une peine de 3 ans de prison ferme. El Malik Seck était accusé de « diffusion de fausses nouvelles » pour avoir publié un article, en août 2008, dans lequel il affirmait que le président de la République et son fils Karim étaient mouillés dans une affaire de blanchiment d’argent. Le journaliste a finalement été gracié par le chef de l’État après huit mois de détention.

Enfin, l’affaire Idrissa Seck, l’ancien Premier ministre destitué, poursuivi et jeté en prison pour des présumées malversations financières, a également contribué à détériorer le climat entre la presse et le gouvernement. Convocations, interrogatoires et menaces se sont succédés pour quelques journalistes d’investigation « proches du dossier ». D’autres sont aussi poursuivis en justice. Abdou Latif Coulibaly par exemple, directeur de l’hebdomadaire La Gazette, fait l’objet de plusieurs procès pour avoir révélé des malversations financières au sommet de l’Etat.

Dans ces conditions, la presse indépendante, qui avait porté aux nues « l’alternance » lors de l’arrivée au pouvoir du président Wade en 2000, est devenue de plus en plus méfiante à son égard, pour ne pas dire de plus en plus critique.