Devant la Radio-Télévision Sénégalaise (RTS), point de départ de la marche organisée, ou plutôt réclamée, par le M23, manifestants et journalistes ont attendu environ une heure avant que les choses ne bougent. Face aux policiers de l’escadron de surveillance et d’intervention qui leur faisaient barrage, quelques individus scandaient « Wade dégage ». Au milieu d’eux, un homme brandissait une pancarte écrite à la main sur laquelle on pouvait lire « Ousmane Ngom, la honte au Sénégal ». Une réaction à la décision prise hier par le ministre de l’Intérieur, Ousmane Ngom, d’interdire la marche. Interdiction que le M23 a décidé de braver.

Une femme s’interroge à voix haute : « Où sont les leaders ? ». Une autre, en survêtement vert, lui emboîte le pas : « Nous ne voulons pas de bain de sang au Sénégal. Nous voulons juste que Wade parte. Un grand-père, ça reste à la maison. » Un journaliste lui demande « Vous êtes venue marcher? » « Oui, répond-elle. Nous sommes prêts, nous attendons les leaders ». Un seul de ces leaders est là, Ibrahima Fall. Puis, sous l’impulsion de quelques-uns, la marche commence. Réplique immédiate des hommes en uniforme. Tirs de gaz lacrymogènes et dispersion des manifestants.

Pour la presse, pas de problème particulier. Tous les journalistes étaient réunis, se déplaçant en groupe, évitant de se retrouver isolés. Plusieurs m’ont dit, « c’est notre instinct grégaire. On reste ensemble, cela nous protège ».

La grande majorité d’entre eux était vêtue d’un gilet marqué « Presse », qui a été vendu à leur média par le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication (SYNPICS). « Avec ces gilets, on note moins d’incidents entre journalistes et forces de l’ordre, me confie Abdou Rahmane Diallo, de la station Nostalgie FM. On est clairement identifiés, c’est ce que veulent les policiers. Une stratégie de communication a été mise en place par le syndicat des journalistes vis-à-vis des forces de l’ordre. Ces dernières sont ‘briefées’ par leurs chefs, qui leur demandent de ne pas user démesurément de la force, surtout contre nous. Et du côté des journalistes, il faut nous reconnaître une certaine maturité. On ne provoque pas. On n’est pas là pour ça ».

Que dire de ce rassemblement dans leurs reportages sinon rendre compte d’une certaine confusion chez les manifestants et de leur dispersion par la police?

Un blogueur est catégorique : « On empêche les gens de manifester pacifiquement. La démocratie sénégalaise est menacée. »

En réaction à cela, quelques échauffourées éclatent actuellement dans Dakar, notamment dans le quartier de l’université… A suivre.

Crédit photo : Makaila NGUEBLA
Blogueur et Militant des Droits de l’Homme
Média Citoyen en exil
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